Paul Ehrlich: «L’humanité ferait bien de revenir à 1,5 milliard d’individus»

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Surpopulation et surconsommation forment un cocktail explosif, dénonce le biologiste Paul Ehrlich de l’Université de Stanford

«Le monde court à la catastrophe.» Depuis un demi-siècle qu’il est apparu sur la scène publique, le biologiste américain Paul Ehrlich prône une vision alarmiste de l’avenir de la planète. Et aujourd’hui comme hier, il l’attribue à l’explosion démographique de l’humanité.

Dans le best-seller qu’il a publié en 1968 sur le sujet, «La Bombe P» (P comme population), il s’est montré trop pessimiste en prédisant des famines qui ne sont jamais survenues. Mais ce n’est que partie remise, assure-t-il, en ajoutant que le risque s’est diversifié. Il l’a répété ces derniers jours en Suisse romande, à l’invitation de l’Université de Lausanne, de Panswiss Project et de Rezonance.

Le Temps: La planète est surpeuplée, dites-vous. Qu’est-ce qui vous permet de l’affirmer?

Paul Ehrlich: Certains des principaux maux dont souffre aujourd’hui le monde sont directement liés au fait que l’humanité est devenue trop nombreuse. C’est le cas du réchauffement climatique comme du déclin de la biodiversité, du risque d’épidémies comme de toutes sortes de problèmes économiques et sociaux.

– L’humanité compte actuellement près de 7,5 milliards d’habitants. Quel serait le chiffre idéal, selon vous?

– Il dépend bien sûr du niveau de vie, et donc de consommation, des gens. Avec celui que nous connaissons dans les pays développés, le chiffre adéquat serait d’un milliard et demi environ. Avec un autre, plus modeste, cela pourrait être un peu plus. Nous craignions autrefois la multiplication des pauvres. Le problème aujourd’hui est la multiplication des riches.

– Que faudrait-il faire, selon vous? Tenter de revenir à une humanité d’un milliard et demi d’individus?

– Ce n’est pas là une solution réaliste. Dans la situation d’urgence où nous nous trouvons, réduire la population humaine dans ces proportions exige trop de temps. Nous devons plutôt viser à changer les habitudes de consommation, ce qui peut se réaliser beaucoup plus rapidement.

– Et comment?

– En persuadant les gens que leur vie dépend de l’état de la planète. Et qu’ils ont donc tout avantage à s’en soucier. J’invite chacun à se demander ce que lui apporte et ce que lui coûtent les produits qu’il consomme.

– Vous pensez possible de changer les comportements de consommation actuels?

– Quand j’étais enfant, des Blancs lynchaient des Noirs dans le sud des Etats-Unis. Certains se permettaient même de photographier ces scènes et d’utiliser leurs clichés comme cartes postales. Quand j’étais enfant, ma copine n’avait aucune chance d’embrasser une autre carrière professionnelle que celles d’infirmière, de secrétaire ou d’institutrice. C’était là des habitudes profondément ancrées dans la société. Et pourtant, elles ont changé. Le bouleversement rapide des comportements de consommation me paraît aussi possible bien qu’improbable.

– Vous avez autrefois prédit des famines, qui ne se sont pas produites. Quelle erreur avez-vous commise? Vous avez sous-estimé le pouvoir de la technique?

– Non. Je connaissais les moyens qui ont permis l’explosion de la productivité dans les pays en développement. Ce que j’ai alors sous-estimé était la capacité des gens à modifier leurs habitudes. J’espère la sous-estimer encore aujourd’hui.


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