Héritage : Quand le partage tourne au conflit

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A peine leur père enterré, les enfants de Pantaléon S. s’entredéchirent déjà au tribunal. En cause, le partage des biens entre les enfants d’un premier et d’un second lit. Le sujet du conflit : deux maisons situées dans un quartier résidentiel de Yaoundé, une villa moderne au village, un complexe scolaire et une palmeraie en pleine production. « Notre père est décédé à un âge avancé certes, mais il était en possession de tous ses moyens. Il n’a pas spécifié à qui reviendrait quoi. C’était son choix. Je crois qu’il faisait confiance aux liens solides qui nous unissaient et à l’esprit de partage dans lequel il nous a élevés. Mais c’était mal connaître certains de ses enfants », explique Rachel S., 30 ans, la cadette.

Au moment où cette fratrie engage cette bataille judiciaire, de nombreuses autres familles, célèbres ou anonymes, sont en proie aux mêmes conflits devant les tribunaux de la République. Pour certaines, depuis de longues décennies. Les cabinets de notaires et d’avocats sont remplis de ces dossiers conflictuels. Récemment encore, c’est un jeune homme de 40 ans qui traînait sa mère devant les tribunaux pour « gaspillage d’héritage ». « Papa a laissé un immeuble de dix appartements et notre mère est seule à percevoir les loyers sans nous rendre compte de l’utilisation qu’elle en fait », expliquait-il devant ses frères et sœurs. « A son âge, il habite encore la maison familiale. Il ne travaille pas et ne fait même pas l’effort de se trouver un emploi. De son vivant, notre père avait tout fait pour qu’il soit autonome sans succès. Il n’a d’yeux que pour la fortune que maman gère, pourtant elle subvient à tous ses besoins », a expliqué un cadet devant le juge et le public médusés. Un témoignage essentiel qui permettra de débouter le requérant.

Chez les Ndzana A., cela fait 25 ans que le feu couve. Dans cette fratrie aussi, l’aîné a tout bloqué à son profit personnel après la disparition du père et de la mère, et en l’absence d’un jugement d’hérédité. « Il règne sans partage sur les biens meubles et immeubles laissés par les parents. Certains parmi nous sont pourtant en difficulté et ont besoin d’un soutien financier. Mais jamais, il ne pense à apporter du secours à qui que ce soit », dénonce une sœur s’étant appropriée une villa et deux voitures. Un comportement qui a amené les autres  frères et seurs à agir pareillement, se livrant au pillage des biens laissés par les défunts.

De leur vivant, certains parents nourrissent l’espoir mais aussi l’illusion que leurs héritiers continueront à opérer en bonne intelligence, fructifiant le patrimoine légué. Administrateur des biens, le successeur devra éduquer et élever ses jeunes cadets et les aider à trouver leur chemin dans la vie. Une mission chargée de bonnes intentions, mais qui en l’absence du fondateur de la famille, peine à se concrétiser bien souvent. Avec le soutien de la famille, certains héritiers sont à la hauteur de cette lourde tâche à eux assignée tandis que d’autres, se retrouvent, malgré les efforts fournis, isolés et frustrés.

Il ne faut pas croire que ces litiges sont l’apanage des familles nanties et des foyers polygamiques. En cas de controverses autour de l’héritage, les veuves se livrent des batailles, généralement par le biais de leurs enfants. Les oncles, les tantes et même les amis du défunt jouent aussi leur partition. Les uns pour apaiser les tensions et chercher une sortie de la crise. Les autres pour envenimer la situation…

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