LA NSA CONTRE PYONGYANG.

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Les deux réunions de crise à la Maison-Blanche, qui ont succédé aux derniers essais de missiles nord-coréens, ont levé le voile sur la nouvelle doctrine nucléaire expérimentée par les Etats-Unis depuis 2014. Les archives de WikiLeaks démontrent que c’est en octobre 2009 qu’un câble classifié Secret a alerté pour la première fois Hillary Clinton sur la volonté de Pyongyang de lancer son programme de missile intercontinental.

L’essai nucléaire nord-coréen et la présentation du prototype du missile KN-08 en juillet 2013, d’une portée évaluée à 13 000 km, ont déclenché la panique à Washington. Malgré l’extension des systèmes antimissiles en Californie et en Alaska, leur taux de fiabilité de 56% s’est révélé très vite insuffisant pour sanctuariser le sol américain. Quant à l’idée de frappes préemptives qui redeviennent à la mode, les évaluations de l’époque ont démontré qu’elles étaient difficiles à mettre en œuvre, l’arsenal nord-coréen étant dissimulé dans des tunnels creusés au cœur même des montagnes.

En 2014, inspiré par le succès de l’opération cyber Stuxnet, qui avait ciblé les centrifugeuses iraniennes et compromis la production d’uranium à usage militaire, le président Obama a ordonné la mise en place d’une nouvelle doctrine baptisée «Left of Launch», destinée à neutraliser les vecteurs nord-coréens juste avant ou juste après leur lancement. Et ce, en recourant soit à des opérations cyber, destinées à fragiliser le cycle de production industrielle ou de commandement, soit à des opérations aériennes, utilisant des armes à énergies dirigées ou de brouillage offensif.

Il semble pourtant que les efforts du général Dempsey n’ont pas été totalement couronnés de succès. La Corée du Nord s’est avérée plus résiliente que prévu, pour trois raisons. D’une part, son faible développement technologique offre peu de surface aux attaques cyber. Elle a, en outre, réduit au maximum ses risques industriels en obtenant la licence de production des moteurs russes 4D10, qui équipaient à l’époque soviétique les missiles R-27/SS-N-6. Enfin, elle a déployé des dispositifs de sécurité inattendus. Soit défensifs, en employant des experts russes travaillant pour Kaspersky qui ont retrouvé des traces de Stuxnet sur les ordinateurs PLC de Siemens, soit cyber-offensifs en attaquant 70% des serveurs du Datacenter de Sony à Hollywood.

Mais des méthodes plus traditionnelles ont également été déployées et qui ont conduit Pyongyang à déclencher une purge cet automne, qui a touché les plus hauts sommets de l’Etat accusés d’œuvrer en faveur du «sabotage américain».

Certes, les Nord-Coréens ont cumulé depuis 2014, 57 essais liés aux vecteurs, deux essais nucléaires, présenté un nouveau missile intercontinental, le KN-14, destiné aux sous-marins, et ouvert en juin dernier un nouveau centre d’essais balistiques à Kalma.

Pourtant, seul le Japon semble pour l’instant menacé par les missiles Nodong, d’une portée de 1 500 km. Car s’il est difficile d’administrer la preuve de frappes cyber américaines, force est de constater que depuis leur présentation publique, aucun des deux missiles intercontinentaux n’a encore été testé. Mais surtout que la fiabilité de la version locale du moteur russe 4D10, qui offrait à l’époque soviétique un taux de fiabilité de 87%, est tombée à 12%. Quant aux essais du missile Musudan, d’une portée de 4 000 km, ils ont tous échoué à une seule exception, au mois de juin dernier…

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