Le Mossad accusé de meurtre en Tunisie

0

Une équipe de tueurs a abattu jeudi soir à Sfax un ingénieur aéronautique soupçonné d’avoir aidé le Hamas et le Hezbollah à se constituer des escadrilles de drones.
Qui a tué Mohamed Zaouari (49 ans) jeudi soir à Sfax, en Tunisie, alors qu’il venait de prendre place à bord de sa petite voiture noire? Pour les médias du monde arabe, il s’agit du Mossad, les services de renseignements extérieurs israéliens, puisque l’Etat hébreu était le seul pays à avoir des raisons objectives de le «liquider». C’est que, sous son apparence de père tranquille, cet ingénieur en aéronautique militait au sein des Frères musulmans et était en contact avec le Hezbollah ainsi qu’avec le Hamas de Gaza.




Selon ses proches, Mohamed Zaouari aurait aidé l’organisation chiite libanaise à constituer des escadrilles de drones d’attaque susceptibles de frapper au cœur d’Israël. De son côté, le Hamas a présenté cet ancien pilote, qui a vécu au Liban et en Syrie, comme l’un de ses membres, un cadre de l’extérieur qui s’est rendu à plusieurs reprises à Gaza de manière clandestine pour participer à ses activités.

«Le sang de notre frère n’aura pas été versé pour rien»
Lesquelles? Au lendemain de l’opération «Plomb durci» (la troisième guerre de Gaza à partir de la fin de 2008), l’ingénieur tunisien a mis son «know-how» à la disposition du Hamas afin de l’aider à organiser une «force aérienne» composée de drones. Deux de ces engins au moins ont été utilisés par le Hamas durant l’opération «Bordure protectrice», la guerre de cinquante jours entre Israël et les organisations palestiniennes de Gaza durant l’été 2014. Moins sophistiqués que ceux des Israéliens, ils ont cependant été rapidement abattus.

A Jérusalem, aucun porte-parole officiel ne commenter la mort de Mohamad Zaouari mais les médias laissent entendre que les services de leur pays y sont mêlés. Quant au Hamas de Gaza, il a d’ores et déjà promis que «le sang de notre frère n’aura pas été versé pour rien».




Une enquête qui n’est pas ordinaire
Les services tunisiens qui enquêtent sur cet étrange assassinat sont persuadés qu’ils ne se trouvent pas face à une enquête «ordinaire». En raison de la personnalité de la victime mais également du modus operandi des tueurs. Un camion a en effet bloqué la voiture de l’ingénieur au moment où elle démarrait, puis deux personnes de type européen s’en sont approchées et ont ouvert le feu. Vingt balles ont été tirées dont trois mortelles.

Le commando comptait au moins quatre personnes dont un Belge d’origine marocaine, ainsi qu’une mystérieuse «journaliste» hongroise qui a rencontré l’ingénieur la veille de son assassinat avant de disparaître aussi rapidement qu’elle était apparue.

La justice tunisienne désarmée
Pour l’heure, la justice tunisienne se retrouve désarmée. Elle a certes interpellé huit personnes soupçonnées d’avoir pu aider les tueurs volontairement ou non et retrouvé deux pistolets munis de silencieux ainsi que quatre voitures dont deux de location. Mais les exécuteurs sont sans doute déjà loin.

Les retrouver sera d’autant plus compliqué que peu après l’assassinat de Mohamad Zaouari, un ou des hackers ont pénétré dans le système informatique d’un restaurant situé à proximité afin d’effacer les données envoyées par les caméras de surveillance des alentours.




Le Mossad régulièrement accusé ces dernières années
«La seule chose dont on est sûr, c’est que l’opération de Sfax a été soigneusement organisée et qu’elle a nécessité du temps puisqu’il a fallu organiser des surveillances préalables, des repérages, etc.», affirme Yossi Melman, spécialiste israélien des questions de renseignements. «D’un côté l’«arrosage» de la cible tel qu’il a été effectué vendredi à Sfax ne correspond pas aux techniques habituellement utilisées par les agents du Mossad employés sur le terrain pour ce genre d’opération. Mais de l’autre, il est certain que l’ingénieur portait préjudice à Israël et que sa mort règle un problème.»

Ces dernières années, le Mossad a souvent été accusé d’avoir assassiné ceux que les dirigeants de l’Etat hébreu considéraient comme une «menace» pour leur pays. Les plus connus d’entre eux sont sans doute les nombreux scientifiques iraniens assassinés parce qu’ils participaient au programme nucléaire de leur pays. Soit par des tueurs circulant à moto, soit par l’explosion d’une bombe magnétique fixée sur leur véhicule.

La politique de la poigne de fer
Au début de 2010, Mahmoud Al Mahbouh, un cadre du Hamas chargé de la logistique, a été pisté puis étranglé dans un hôtel de Dubaï par un commando d’une douzaine d’hommes et de femmes opérant sous de fausses identités. Plus récemment, Hassan Lakis, le responsable du département du Hezbollah chargé de développer de nouvelles armes, a été abattu de plusieurs balles à Beyrouth.

De son entrée en fonction en 2002 jusqu’à son départ à la retraite en 2011, Meïr Dagan, un directeur général du Mossad présenté comme «légendaire», a beaucoup utilisé les «opérations spéciales». Surtout contre l’Iran. En revanche, son successeur Meïr Pardo préférait en limiter l’usage. Ce n’est pas le cas du nouveau patron du Mossad Yossi Cohen qui s’est, dès son entrée en fonction en janvier 2016, prononcé en faveur de la politique de la poigne de fer «envers tous ceux qui portent atteinte à la sécurité d’Israël».

Source : https://www.letemps.ch/monde/2016/12/18/mossad-accuse-meurtre-tunisie

Share.

About Author

Leave A Reply