Un lycéen camerounais aux portes de Yale.

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Un lycéen de Yaoundé vient d’être admis par anticipation à la grande université de la côte est américaine. À 17 ans, il devient le premier Camerounais à réussir l’exploit depuis une quinzaine d’années.

La banderole s’affiche au fronton du bâtiment principal d’Enko La Gaieté International School de Yaoundé : « Nous célébrons l’admission de notre apprenant Fred Jr Ebongue Makolle à Yale. »

Loin d’être anodin, le fait mérite plutôt d’être relevé. Il faut remonter à une quinzaine d’années pour trouver un Camerounais admis à la prestigieuse université de la côte Est américaine, selon Enko qui cite les archives digitales du service des admissions de Yale.

3% d’étudiants africains

Consultées par Jeune Afrique, les statistiques d’admission de l’université, parmi les plus cotées du Nord-Est des États-Unis, montrent que 3,76% des 2 021 étudiants étrangers inscrits en premier cycle étaient africains en 2016. Seul un provenait du Cameroun, au côté d’un étudiant en provenance du Congo-Brazzaville, un du Sénégal et deux du Maroc.

Le choix de Yale s’est imposé en août 2016, au Zimbabwe. Fils unique de fonctionnaires dans les services de la Primature, Fred Jr Ebongue Makolle fait partie de la centaine d’élèves africains invités par l’université pour suivre son programme annuel d’été sur le leadership. « J’ai rencontré des étudiants et enseignants de Yale qui ne m’ont dit que du bien [de l’université]», indique le jeune Camerounais.

Sa performance est d’autant remarquable que le frêle adolescent de 17 ans, au visage anguleux, moustache et barbe naissantes, fait partie des 795 postulants sur plus de 5 000 à avoir franchi l’obstacle de l’early action (inscription anticipée en ligne), première phase du concours d’entrée qui se déroule en novembre.

En dehors des trois lettres de recommandation de ses enseignants, le lycéen a rempli un long questionnaire sur ses motivations et ses connaissances en mathématiques et en anglais. Il a également dû transmettre ses notes de classe et son plan d’activités extra-scolaires.

Une formation en anglais

Pendant ce long processus de sélection, l’élève a eu à raconter une expérience marquante de sa vie. En août 2014, trois camarades et lui comptent parmi la première promotion à intégrer Enko La Gaieté. Ils ont l’idée de venir en aide aux pensionnaires d’un orphelinat situé à côté de leur école, où ils veulent distribuer des aliments et des friandises.

Début 2015, ils organisent une quête, en mettant à contribution les élèves du complexe scolaire La Gaieté qui jouxte leur établissement. « Nous avons été bien reçus dans certaines classes et moins bien dans d’autres », se rappelle-t-il. Un épisode inoubliable pour le gamin. « J’ai pleuré le jour de la remise des présents, tant le moment était chargé d’émotions en discutant avec les pensionnaires, certains étaient nos aînés. Et nous n’en revenions pas d’avoir réussi une telle entreprise », confesse Fred Junior.

L’expérience est révélatrice des particularités de la formation dispensée en anglais par Enko, le groupe panafricain d’écoles secondaires internationales, présent au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Afrique du sud et au Mozambique.

« Outre la transmission des savoirs, on forme l’humain en lui inculquant au moins une dizaine de valeurs que chacun se charge de mettre en pratique en permanence », résume Fred Jr Ebongue Makolle.

Dans cet établissement, un élève choisit généralement six matières. Pour son année de terminale, le jeune Camerounais a opté pour les mathématiques, la physique, la chimie, l’économie, la littérature et le français — la philosophie étant obligatoire pour tous. Il a l’obligation de creuser un thème dans chaque matière, sur lequel il doit faire un exposé de douze pages. Avant l’écriture d’un mémoire de 4 000 mots à la fin de son cursus, en mai.

Deux millions de F CFA par an

Un programme chargé, qui coûte deux millions de F CFA par an. Fred Jr Ebongue Makolle, lui, bénéficie d’une bourse d’Enko couvrant la moitié du montant. « Humble, travailleur et très exigeant, au point de pratiquement harceler ses enseignants dès qu’il est confronté à une difficulté », rappelle Georges Abah Mendi, le responsable des admissions aux universités étrangères qui a eu Fred Jr Ebongue Makolle comme élève dans son cours d’histoire.

Son admission anticipée à Yale ne deviendra définitive que s’il obtient son baccalauréat international en mai. « J’ai de très bonnes notes [42 points sur 47 possibles au début de février, ndlr] et suis confiant » assure-t-il.

L’apprenant pourra alors rejoindre le Connecticut en août, doté d’une bourse de 182 000 dollars octroyée par Yale, et couvrant ses frais de scolarité à 92% pendant les quatre prochaines années.

Omer Mbadi

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