L’énergie nucléaire : une solution à l’instabilité énergétique en Afrique ?

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D’un côté fortement dépendants des hydrocarbures pour leur production d’électricité et, de l’autre, pressés par une volonté nouvelle de réduire leurs émissions de CO2, de nombreux pays africains envisagent aujourd’hui l’intégration de l’énergie nucléaire dans leur mix électrique. L’Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya, mais aussi l’Algérie, le Maroc, la Tunisie ou l’Egypte souhaitent en effet diversifier leurs sources d’énergie tout en assurant à leur population un approvisionnement électrique à la fois stable, bon marché et décarboné.

Dans le sillage de l’Afrique du Sud, seul pays du continent à disposer d’une centrale nucléaire en activité à l’heure actuelle, plusieurs pays africains commencent à promouvoir l’énergie nucléaire comme une composante déterminante de leur mix énergétique futur, et investissent désormais dans la formation des compétences humaines. Le recours à l’atome pour produire de l’électricité s’impose en effet progressivement comme un choix stratégique et n’est plus l’apanage des grandes puissances ou de quelques pays asiatiques émergents.

Sécuriser l’approvisionnement électrique

La forte augmentation des besoins en électricité dans ces régions, liée à la croissance démographique et à un taux d’équipement de la population en hausse (en climatisation par exemple), pose un réel problème d’approvisionnement électrique pour des pays victimes de pannes et de délestages réguliers. Au Maroc, par exemple, les besoins du pays devraient tripler d’ici 2030, passant d’une consommation d’électricité de 33 milliards de kWh par an à plus de 100 milliards. Un phénomène que l’on retrouve dans tous les pays du Maghreb et qui nécessite une adaptation des réseaux de production électrique aujourd’hui largement insuffisants. D’autres pays restent quant à eux encore largement sous-équipés en infrastructures électriques, handicapant du même coup la croissance économique et l’emploi.

Face à ce nouveau défi énergétique, les pays africains tentent d’engager une transition vers un système énergétique plus durable via la réorganisation du secteur de l’énergie, la promotion des mesures d’efficacité énergétique, le renforcement des interconnections avec les pays voisins et le développement des ressources et des infrastructures énergétiques. Un contexte favorable au développement de l’énergie nucléaire, considérée pour beaucoup comme une solution très avantageuse car non polluante, peu coûteuse et complémentaire aux énergies renouvelables.

Les centrales nucléaires sont donc plébiscitées aujourd’hui par les gouvernements d’Afrique comme une alternative attractive pour remplacer les hydrocarbures et répondre à la demande croissante de leur population. L’Afrique du Sud, tout d’abord, souhaite renforcer son parc de centrales nucléaires afin de sécuriser l’approvisionnement énergétique national. Le plan d’intégration des ressources électriques du pays prévoit d’augmenter les capacités de production nucléaire de 9 600 MW. Une puissance qui devrait s’ajouter aux 1 830 MW déjà installés dans la centrale de Koeberg, et qui permettra à l’Afrique du Sud de réduire significativement sa dépendance au charbon. Le pays projette pour cela d’acquérir huit réacteurs nucléaires d’ici 2023 pour un coût total évalué à plus de 60 milliards de dollars. La France, la Chine, le Japon, la Russie, le Canada et la Corée du Sud sont déjà en lice pour remporter ce contrat.

Un marché du nucléaire africain plein de promesses

Le Kenya a signé quant à lui en septembre 2015 un accord avec la Chine dans le cadre de son projet de centrale nucléaire. L’objectif est de lancer la première centrale kényane avec une capacité de 1 000 MW à l’horizon 2025, et faire de l’électricité nucléaire « une composante fondamentale de la production d’énergie du pays », précise le Kenya Nuclear Electricity Board (KNEB). Le Ghana est lui aussi bien avancé en matière nucléaire et travaille au développement de son premier réacteur avec l’Agence internationale de l’énergie atomique. Le pays espère produire près de 2 GW d’énergie nucléaire à l’horizon 2030 et s’est déjà rapproché de la Chine pour un éventuel partenariat.

Au Maghreb enfin, le Maroc envisage de produire de l’électricité nucléaire à partir de 2030 et tente pour cela de structurer progressivement sa filière. Le gouvernement a officialisé le 3 septembre 2015 la création de la première Agence marocaine de sûreté et de sécurité nucléaire et radiologique, et a accueilli au mois d’octobre la première mission de prospection de l’AIEA dans le royaume. De leur côté, les gouvernements tunisien et algérien ont déjà signé des protocoles d’accord avec l’Agence russe Rosatom dans le domaine du nucléaire civil, comme préambule possible à de nouveaux contrats de construction de réacteurs nucléaires.

En fin de compte, les avantages de l’énergie nucléaire au regard du contexte énergétique africain semblent des plus convaincants pour des gouvernements à la recherche de stabilité. Le nucléaire offre en effet un certain nombre de garanties et permet d’envisager une transition vers les énergies renouvelables plus harmonieuse ; la France, qui a fait le pari du nucléaire, est en train de rattraper son retard dans les énergies vertes grâce à EDF, premier producteur européen. Plusieurs puissances nucléaires historiques comme la Belgique, le Royaume-Uni ou le Japon, ont de plus réaffirmé ces derniers mois la nécessité de maintenir une part significative de production électronucléaire dans leur mix

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