Immigration clandestine : les causes dont on ne parle jamais.

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Vous êtes Français, ou Européen.

Le jour où vous déciderez de devenir propriétaire au Maroc ou en Algérie (comme certaines affiches publicitaires en font la promotion, sans scrupules) pour y vivre, personne ne vous dira rien. Pareil si vous partez en Amérique, en Asie ou en Afrique noire. Vous serez un expatrié et ou vous baptisera avec un nom chantant : « expat’ » !

Mais si vous étiez Syrien ou Soudanais, vous n’auriez pas le droit de quitter votre pays pour une autre réalité. Le jour où, par dépit, par guerre, par désespoir, vous voudriez fuir la misère et la mort, on vous fermerait les portes ; et si vous vous enfuyiez malgré tout, on vous traiterait de migrant, de parasite… Vous n’auriez pas le bon passeport, vous seriez un « Terrien de seconde zone ».

Depuis l’an 2000, la mer Méditerranée aurait été le théâtre de plus de 20 000 décès de « Terriens de seconde zone », soit plus de 1 000 décès par an. Pire encore : rien qu’en 2014, 3 419 personnes sont mortes en tentant la fameuse traversée, selon l’agence de Nations-Unies pour les réfugiés. Un chiffre qui s’accroit donc d’année en année…

Et chaque année, les discours des dirigeants catastrophés tentent de noyer le poisson en nous faisant croire à une situation inéluctable et fataliste.

« C’est un drame évidemment, mais n’est pas de notre faute. Il faut aller dire en Afrique que l’Europe, ce n’est pas le Pérou. Nous savons bien, nous, que nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde dans nos pays déjà affaiblis pat la crise, le chômage, le terrorisme… » Blablabla…

Mais ces discours de façade cachent une réalité bien moins reluisante. L’Union Européenne, et notamment ses États les plus puissants économiquement, provoquent cette immigration et ces morts. L’immigration par un néocolonialisme dévastateur. Ces morts par une politique extérieure belliqueuse et violente.

Les angles morts du discours politicien sur la migration

Quel politicien a récemment fait le lien dans l’un de ses discours entre la migration (notamment africaine) et le néocolonialisme ?

Pour beaucoup de personnes, le néocolonialisme est un mythe. Depuis que les pays africains (et autres) ont acquis leur indépendance politique dans les années 50-60, ils sont libres de leurs choix, de leurs actes, ils sont souverains. Ah bon ?

Saviez-vous que le néocolonialisme impose aussi aux pays africains de vendre leurs produits moins chers à l’Europe qu’aux autres pays, et sans taxes ? Peut-être en guise de remerciement d’avoir utilisé – et de continuer à utiliser – les richesses humaines et naturelles du continent noir pour ses propres intérêts ?

C’est l’exemple du dernier accord signé entre l’Union Européenne et les 15 États de l’Afrique de l’Ouest dit « Accord de partenariat économique » (APE). On constate que via ce traité,l’entière économie de certains pays d’Afrique est orientée de façon à profiter aux économies et aux peuples européens. Quitte à faire crever les gens sur place…

« Cet accord interdit la taxation des 11, 9 milliards d’euros de produits [africains]importés par l’Union Européenne en 2013. Il met ainsi l’agriculture vivrière locale en concurrence avec l’agriculture industrielle européenne, poussant à la misère des centaines de milliers de paysans. »

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Je vais vous donner un exemple plus concret, au Mali par exemple. Le chemin de fer malien, estimé à plus de 120 milliards de francs CFA, a été vendu par l’État à une compagnie privée pour… 7 milliards de francs CFA, sous les pressions du FMI et de la Banque Mondiale qui poussent à la privatisation.

En plus de mettre des centaines de personnes au chômage, cette compagnie privée a repris uniquement le trafic de marchandises, soit le plus rentable. Adieu le transport de personnes.

Les villages ayant une agriculture dont l’Europe a besoin (café, coton) sont avantagés par cette ligne de train plus directe. En revanche, tous les villages possédant des agricultures vivrières permettant aux gens de vivre, bien, sans plus ont été ostracisées, dans leur propre pays. Grâce au train, ils pouvaient aller vendre leurs produits sur les marchés et se fournir en d’autres marchandises. Ils ne le peuvent plus. Enclavés, ils voient leurs produits pourrir au soleil, chacun dans leur coin…

Vive la mondialisation ultra libérale ! Vive le libre-échange économique.

L’industrie européenne présente sur place déséquilibre l’économie locale, déjà parce qu’elle impose une concurrence intenable pour les petites agricultures humaines mais aussi parce qu’elle peut imposer ses règles aux dirigeants.

« Cet Accord renforcera une migration massive de populations privées d’avenir dans leur pays, dans une situation où la population d’Afrique de l’ouest fera plus que doubler d’ici 2050, atteignant 807 millions d’habitants (contre 526 millions pour l’UE à la même date), et dans un contexte de réchauffement climatique particulièrement accentué dans cette région. »

La misère africaine est un dégât collatéral du joug de l’Europe sur l’Afrique. Ceux qui s’étonnent et surtout qui critiquent l’immigration africaine critiquent en fait et surtout la politique française et européenne. Les pays sont pris à la gorge par des traités économiques injustes.

Peut-on parler de second esclavage ? Ce qui est sûr, c’est que ce contrôle des économies des pays africains, totalement adapté aux besoins européens et pas du tout aux besoins des Africains eux-mêmes, constitue un néo-colonialisme des plus immonde et critiquable.

Du franc CFA à l’APE aux impositions de réformes libérales en échange d’aides économiques, les états africains – et les citoyens encore plus – sont tenus en laisse. Tout ceci entraine une paupérisation des peuples et une grosse pression migratoire.

Les peuples, conscients que leur histoire leur échappe, manifestent, se révoltent voire pire, trouvent dans les groupuscules politiques non alignés (terroristes par exemple) leur seul recours.

Pour combattre l’extrémisme occidental ? Un extrémisme local

A mesure que de nouvelles puissances financières (USA, Chine, Inde, Israël) lorgnent sur les richesses africaines , l’Europe multiplie les interventions et les peaux de vin pour s’assurer de la soumission de certains pays, au moins. Du coup, tout pays tentant d’installer, démocratiquement ou non, un responsable politique indépendant, refusant d’obéir aux diktats européens, risque bien d’être accusé de coup d’État pour faciliter une intervention… Rappelons-nous, les mots nous manipulent et dans la bouche des hommes de Pouvoir, ils sont parfois exactement l’inverse de ce que l’on croit.

Depuis une perspective européenne ethno-centrée, on entendra que les Africains ne sont pas prêts pour la « démocratie », qu’ils sont barbares ou pire encore, qu’il fait intervenir militairement pour empêcher les terroristes de contrôler tel ou tel pays.

Mais quand on comprend pourquoi certaines régions africaines en arrivent à ces situations extrêmes et pourquoi certaines personnes sont prêtes à perdre leur vie pour fuir cette réalité, une personne sensée révise son jugement : rien n’est noir ou blanc et l’Europe (mais on pourrait aussi parler de l’Inde, de la Chine, d’Israël, de la Russie…) fait beaucoup de mal à l’Afrique. Encore aujourd’hui.

Cette version alternative et réaliste de l’immigration n’est jamais mentionnée dans les médias : c’est normal, à la télé, on n’invite que des loups et des chasseurs pour parler des moutons…

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En revanche, on entendra à longueur d’antenne des discours catastrophés sur les conséquences de l’immigration : conséquences qui masquent habilement les causes, tout en renforçant les discours extrémistes.

En France et un peu partout en Europe, la crise, une perte des valeurs et du savoir historique entrainent des discours xénophobes alarmants, car ils deviennent peu à peu acceptés et même repris dans les journaux, par les chroniqueurs et dans les essais de polémistes aux sources douteuses.

L’Europe, totalitaire ? Bien sûr

En plus d’imposer un colonialisme qui oblige les peuples à fuir, l’Europe est devenue peu à peu une forteresse imprenable. Un ghetto de riches.

Connaissez-vous le programme Frontex ? Non ? Pourtant, il est financé en partie par votre argent. Et c’est tout simplement vers ce programme quasi-militaire qu’il faut regarder pour mieux comprendre la hausse de la mortalité aux abords de la Méditerranée. En effet, l’Europe s’est dotée d’une véritable armée des frontières chargée d’empêcher les pauvres rafiots défoncés d’accoster sur les côtes européennes.

Créée en 2005, l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (FRONTEX) dispose d’une liberté d’action énorme. Elle voit ses moyens augmenter d’année en année – 19 millions d’euros en 2006 et 88 millions d’euros en 2011 – (demain le Monde, n° 18, mars-avril 2013) et depuis 2011, elle a même obtenu le droit de posséder son propre matériel militaire… Une vraie milice !

Sa mission est double : repousser les migrants loin des frontières de la forteresse Europe, et signer des accords avec des pays émergents non européens pour qu’ils acceptent, eux, de recevoir ces pauvres migrants.

Pour remplir la première partie (repousser les migrants), une stratégie militaire est mise en place, au grand dam des migrants, affamés, exténués, mais traqués comme des combattants rebelles par cette milice lourdement armée et équipée (environ 40 hélicoptères et avions, des centaines de bateaux, des radars, caméras…) et obligeant les passeurs à prendre des risques chaque jour plus conséquents. La Ligue belge des droits de l’homme décrit à juste titre l’agence comme une « véritable armée au service de la politique migratoire d’une Europe forteresse, menant à armes inégales une guerre aux migrants qui n’ont rien de soldats ».

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Leur seconde mission (faire en sorte que les migrants aillent ailleurs) a tout du néo colonialisme, encore.

« Cette externalisation qui consiste, pour les États européens, à sous-traiter la gestion de l’immigration irrégulière aux pays limitrophes (Maghreb, Europe de l’Est) a plusieurs avantages : d’une part, elle opère un transfert du « sale boulot » (déportations de masse, détentions arbitraires, tortures) dans des pays dont les standards sont moins élevés qu’en Europe, en permettant de s’affranchir des obligations que les lois européennes imposent en matière de respect des droits de l’homme ; d’autre part, elle participe du rapport de dépendance que l’UE entretient avec son voisinage proche. Car, aux pays concernés, on promet, en échange de leur collaboration, le financement d’actions de coopération ou des contreparties de nature politique ou diplomatique(10). » (Claire Rodier, Xénophobie Business, à quoi servent les contrôles migratoires, La Découvertes, Paris, 2012).

Alors c’est vrai, on pourrait se dire que cette milice a un intérêt, celui de s’attaquer aux passeurs. On peut et l’on doit évidemment s’attaquer aux passeurs. Mais tant que les causes de l’immigration resteront inchangées, les passeurs continueront.

On doit aussi s’attaquer à ceux qui font du business sur la migration ici même, en Europe : un business rentable comme celui des armes ou de la drogue. Il faut savoir qu’à leur arrivée sur le continent, entre 30 et 50% des migrants disparaissent. En Italie, la mafia fait un vrai commerce sur le dos des sans-papiers. Renseignez-vous, c’est affligeant !

Ces derniers jours, l’UE s’est placée en position de « grand seigneur » en « forçant » l’Allemagne, la France et quelques autres pays à recevoir quelques centaines de migrants supplémentaires, pour faire preuve humanité face à la catastrophe. Mais quand on connait la vraie politique mise en place derrière ce geste symbolique, on ne croit pas une seule seconde à cette Europe au grand coeur.

Pour conclure, il convient de bien rappeler pourquoi la France et l’Europe sont dans une situation précaire au niveau économique, endettés comme jamais. Cela tient à des accords comme la Loi Rothschild ou l’article 123 du traité de Lisbonne.

Ni aux travailleurs. Ni à l’immigration mais à la cupidité et à la faiblesse de ceux qui nous dirigent, qui nous ont vendus aux lobbies et aux marchés financiers.

Pour que cela cesse, il faudra bien un jour faire un bond citoyen en avant et reprendre notre destin politique en main. Regardons du côté de la Grèce et de l’Espagne de Podemoset cessons de croire que le FN, Les Républicains ou le PS changeront quoi que ce soit à notre situation… Ou à celle de ces pauvres migrants.

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