« Coup d’État de velours » au Brésil : Quelle sera la réponse?

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C’est ce dimanche que se tiendra le vote crucial dans la procédure d’impeachment qui vise à renverser Dilma Rousseff, la présidente démocratiquement élue il y a eu an.

La démocratie, c’est le respect des règles, et quand les tractations politiques conduisent à renverser ces règles, c’est un coup d’Etat. Le modèle basique du coup d’Etat, c’est l’armée qui s’empare des lieux du pouvoir et destitue par la violence le pouvoir légitime. Ça se voit encore, mais c’est un trop visible, alors les complotistes jouent plus malin. Comme l’égyptien Al Sissi qui en juillet 2013 a organisé en sous-main de grandes manifs, pour paralyser le pays et se dire obligé de répondre à l’appel du peuple.

C’est un scénario à l’égyptienne que tente la droite brésilienne. Il y a un an, la Droite a perdu les élections, et bien perdu, et les sondages d’aujourd’hui montre que, pour la suite, c’est Lula qui ressort en tête, avant la Droite, n’en déplaise aux énervés.

Il est clair que le Brésil est miné par deux maux : la crise économique et la corruption. Battue dans les urnes, la Droite a attisé le mécontentement – pas trop difficile – pour mettre la pression par de grandes manifs. Puis est venue l’idée d’une procédure d’impeachment contre Dilma Rousseff, la présidente démocratiquement élue.

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L’impeachment, ce n’est pas une motion de censure à l’assemblée pour renverser le gouvernement… Non, c’est reprocher au chef de l’Etat une faute d’une gravité telle qu’il doit être déchu du pouvoir que lui a donné le peuple. D’une manière ou d’une autre, cette procédure existe dans tous les Etats,… et dans tous les Etats elle est réservée aux faits les plus graves, du registre de la trahison.

Au Brésil on appelle cela « crime de responsabilité ». Quel est donc le crime commis par Dilma Rousseff ? On imagine une implication lourde dans le scandale Petrobras… Ca ne risque pas : il n’existe aucun acte de procédure, ni aucune preuve judiciaire mettant en cause Dilma dans l’affaire Petrobras. Aucune. Rien. Rien à part les caviardages d’autres corrompus de Droite, joyeusement montés en épingle par la presse.

Le « crime » est d’avoir, lors du dernier exercice comptable, fait financer transitoirement des dépenses sociales par un prêt bancaire, remboursé depuis et sans dommage pour le Trésor public. C’est ça le « crime » ! Et c’est aussi cela le coup d’Etat : utiliser la procédure en dehors de son cadre constitutionnel, pour dédire le vote populaire de l’an dernier. La démocratie, c’est la force de l’expression populaire, et comment peut-on admettre qu’un an après une élection présidentielle, les parlementaires puissent organiser la destitution du président pour avoir financé pendant six mois des dépenses sociales par un prêt…

Hier, une commission parlementaire, par une décision attendue, a officiellement ouvert la première phase de la destitution, avec comme grande étape un vote devant la chambre des députés du Brésil se prononcera dimanche à 14H00, soit 19H00 à Paris. Chaque député sera appelé par son nom et devra se lever pour aller annoncer son vote au micro.  Le résultat devrait être connu en fin de soirée.

Pour que la procédure se poursuive, il faudra un vote de deux tiers des députés (342 sur 513). Si le chiffre n’est pas atteint, ce sera fini.

Si le seuil est atteint, l’affaire ira au Sénat, qui devra approuver à la majorité simple la mise en accusation de la présidente. En cas de vote favorable, Dilma Rousseff sera alors écartée du pouvoir pendant un délai maximum de 180 jours, en attendant un vote définitif du Sénat sur sa destitution, prononcée aux deux tiers des suffrages des sénateurs.

Pronostic ? Il y a un courant ascendant pour la destitution, depuis que le grand parti centriste PMDB a annoncé rejoindre la Droite. Des convictions profondes : le parti espère pouvoir installer à la place de Rousseff son insipide leader, Michel Temer,… qui à ce jour est le vice-président de Rousseff. Un drôle de gus qui s’est enregistré sur son téléphone portable à essayer un discours d’investiture… et qui a fait fuiter ce document en l’adressant à des amis… «Je confesse qu’après, quand j’ai voulu envoyer l’enregistrement à un ami, c’est parti à un groupe et le message s’est diffusé». Commentaire de Rousseff : «Nous vivons des moments étranges de coup d’Etat, de farce et de trahison ».

Alors, l’ascendant est favorable, mais la chambre, c’est 25 partis, et les tractations sont intenses ces jours-ci. Et puis le réflexe légaliste – refuser cette procédure car le fait reproché n’est pas un crime – peut jouer pour quelques-uns.

Si elle prospère, la procédure de destitution « restera dans l’Histoire comme le coup d’Etat d’avril 2016 », a mis en garde dans la matinée l’avocat général du gouvernement, José Eduardo Cardozo. Et Lula en écho : « Je n’aurais jamais imaginé que ma génération verrait des putschistes en train d’essayer de renverser une présidente démocratiquement élue».

Gilles Devers

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Micheline Ladouceur,“Révolution de couleur” à la brésilienne. Qui a peur de Dilma?, publié le 19 mars 2016

Micheline Ladouceur , “Il n’y aura pas de coup d’État” au Brésil? publié le 1er avril 2016 et

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